L’eau du locataire : ce qui décide de ce que vous facturez, et comment

Publié le 28 juillet 2026 · règles vérifiées à cette date

L’eau est souvent le premier poste récupérable d’une régularisation, et le plus mal facturé. La raison est simple : selon la manière dont l’eau arrive au logement, elle passe par vous ou pas du tout, elle se compte au relevé ou au prorata des jours. Trois montages coexistent, et chacun change ce que vous pouvez réclamer.

1. Le montage de l’eau commande tout

Avant de calculer, identifiez qui a le contrat d’eau et s’il existe un compteur dans le logement. Tout en découle.

Un compteur individualisé ne solde pas tout, en immeuble. Il ne porte que sur l’eau froide privative : la quote-part d’eau des parties communes et, s’il existe, l’eau chaude sanitaire collective (son énergie et son exploitation) restent des charges récupérables, à régulariser comme les autres (annexe du décret n° 87-713).

2. Ce que le décret récupère sur l’eau

L’annexe du décret n° 87-713 range l’eau parmi les charges récupérables : l’eau froide et chaude des occupants, l’eau des parties communes, mais aussi les frais de location, d’entretien et de relevé des compteurs, généraux comme individuels. Vous récupérez donc l’exploitation du comptage, sur justificatif, au même titre que la consommation.

Ce que vous répercutez n’est pas la seule ligne « consommation ». C’est la facture du distributeur, qui porte aussi la redevance d’assainissement, elle-même récupérable (fiche service-public F947). Vous restez toutefois sur ce que vous avez réellement payé : le locataire rembourse l’eau consommée, sur justificatif, pas un tarif reconstitué.

Le piège : l’achat des compteurs ne se récupère pas

La liste du décret est limitative. Elle vise la location, l’entretien et le relevé des compteurs, jamais leur achat ni leur pose. Installer des sous-compteurs, ou individualiser les contrats, est un investissement qui reste à votre charge : le décret de 2003 met d’ailleurs expressément le coût des travaux et des compteurs sur le propriétaire. Ne glissez pas ces montants dans le décompte. La logique des postes récupérables, et de leurs exclusions, est détaillée dans notre guide du décret 87-713.

3. Le relevé de sortie, la pièce qui fait foi

Avec un compteur divisionnaire, la consommation du locataire sortant se lit entre son relevé d’entrée et son relevé de sortie. Ce n’est pas un détail de confort : l’état des lieux d’entrée et de sortie comporte, le cas échéant, les relevés des compteurs individuels d’eau ou d’énergie (décret n° 2016-382). Sans relevé de sortie, vous n’avez plus qu’une estimation, et un locataire parti la contestera d’autant plus volontiers. Notez le chiffre le jour des clés. La mécanique du prorata au départ, poste par poste, est traitée dans notre guide du départ du locataire.

4. Exemple : une part privée au relevé, une part commune au prorata

exemple chiffré

Immeuble collectif, exercice 2025 (365 jours). Contrat d’eau au nom du bailleur, un compteur divisionnaire dans le logement.

Locataire présent du 1ᵉʳ janvier au 30 septembre 2025 : 273 jours.

part privative, au relevé

Sous-compteur : 448 − 412 = 36 m³, au prix moyen tout compris payé au distributeur, 4,00 €/m³ : 36 × 4,00 = 144,00 €. Facturée sur le relevé, sans prorata de jours.

part commune, au prorata

Eau des parties communes (sans compteur privatif), quote-part annuelle du logement 90,00 € : 90 × 273 ÷ 365 = 67,32 €.

Eau récupérable : 144,00 + 67,32 = 211,32 €.

Provisions d’eau versées (9 mois × 20,00 €) : 180,00 €.

Solde dû par le locataire, poste eau : 211,32 − 180,00 = 31,32 €.

Le calculateur applique le prorata jour-exact à la part commune et aux autres postes du décret. La part relevée au sous-compteur, elle, ne se proratise pas : c’est une consommation déjà mesurée, que vous reportez telle quelle. Le reste de l’eau de l’immeuble (le compteur général moins la somme des sous-compteurs : communs, arrosage, fuites de réseau) se répartit, lui, au prorata, et ne s’ajoute pas au relevé privatif. Confondre ces natures, en proratisant un relevé ou en répartissant au forfait ce qu’un compteur a compté, fausse le décompte dans un sens ou dans l’autre.

5. Sans contrat individualisé, vous restez le relais de la facture

Quand le contrat d’eau n’est pas individualisé, une obligation s’ajoute à la régularisation : le bailleur transmet au locataire la facture d’eau (établie selon l’article L. 2224-12-1 du code général des collectivités territoriales) et les informations sur la qualité de l’eau, avec le décompte de charges ou, à défaut, au moins une fois par an (article 6-3 de la loi du 6 juillet 1989). C’est distinct du décompte par nature : l’un justifie le montant récupéré, l’autre informe sur l’eau consommée.

La fuite après compteur : l’écrêtement protège l’abonné

Une surconsommation due à une fuite sur une canalisation après compteur n’est pas intégralement due. Dans un local d’habitation, l’abonné n’est pas redevable de la part excédant le double de sa consommation moyenne s’il présente, dans le mois suivant l’information du service d’eau, une attestation de réparation d’un plombier (article L. 2224-12-4, III bis, du code général des collectivités territoriales ; voir la fiche service-public F389). Le dispositif ne joue pas pour les fuites d’appareils ménagers ni d’équipements sanitaires ou de chauffage (article R. 2224-20-1 du même code, issu du décret du 24 septembre 2012). Quand vous êtes l’abonné, cet écrêtement joue pour vous : vous ne pouvez alors répercuter au locataire que la facture écrêtée, pas la surconsommation effacée.

Tout ceci suppose des provisions régularisables. En meublé au forfait de charges, il n’y a ni relevé de sortie à faire ni solde d’eau à calculer : le forfait est définitif, sans complément ni remboursement (article 25-10 ; voir notre guide de la régularisation en meublé). Aux provisions, la méthode complète, du décompte aux justificatifs, figure dans notre guide de la régularisation des charges.

Le calculateur applique ces règles à votre situation (prorata jour-exact, postes du décret, alertes de délais) et affiche le résultat gratuitement.

Ventiler l’eau dans ma régularisation

Sources

  • Annexe du décret n° 87-713 du 26 août 1987, rubrique « Eau froide, eau chaude et chauffage collectif » (eau froide et chaude des occupants ; frais de location, d’entretien et de relevé des compteurs généraux et individuels récupérables)
  • Décret n° 87-713 du 26 août 1987 (liste limitative des charges récupérables)
  • Art. 23, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (provisions, régularisation, décompte, justificatifs)
  • Art. 6-3, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (contrat de fourniture d’eau non individualisé : le bailleur transmet au locataire la facture d’eau établie selon l’art. L. 2224-12-1 du code général des collectivités territoriales et les informations sur la qualité de l’eau, avec le décompte de charges ou, à défaut, au moins une fois par an)
  • Art. 2, décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 (l’état des lieux d’entrée et de sortie comporte, le cas échéant, les relevés des compteurs individuels de consommation d’eau ou d’énergie)
  • Décret n° 2003-408 du 28 avril 2003, pris pour l’art. 93 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 (individualisation des contrats de fourniture d’eau froide : études, travaux et pose des compteurs à la charge du demandeur ; l’occupant devient abonné direct du distributeur)
  • Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, et ANIL, analyse juridique « Individualisation des contrats de fourniture d’eau froide » (en copropriété, l’individualisation est décidée par l’assemblée générale des copropriétaires, non par un copropriétaire bailleur seul)
  • Art. L. 2224-12-4, III bis, du code général des collectivités territoriales (fuite sur une canalisation après compteur dans un local d’habitation : l’abonné n’est pas redevable de la consommation excédant le double de sa consommation moyenne s’il présente, dans le délai d’un mois, une attestation de réparation d’une entreprise de plomberie)
  • Art. R. 2224-20-1 du code général des collectivités territoriales, créé par le décret n° 2012-1078 du 24 septembre 2012 (l’écrêtement ne s’applique pas aux fuites dues à des appareils ménagers ni à des équipements sanitaires ou de chauffage)
  • Art. 25-10, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (meublé résidence principale : charges par provisions régularisables ou par forfait non régularisable)
  • service-public.gouv.fr, fiche F389 « Que faire en cas d’augmentation anormale de sa facture d’eau ? » (consultée le 28 juillet 2026)
  • service-public.gouv.fr, fiche F947 « Charges locatives » (consultée le 12 juin 2026)