État des lieux de sortie et solde de charges : deux comptes, deux calendriers
Publié le 4 août 2026 · règles vérifiées à cette date
Le jour des clés, deux comptes se croisent sans se confondre. Le premier porte sur l’état du logement : c’est l’état des lieux de sortie, comparé à celui d’entrée, qui décide des retenues. Le second porte sur les charges : il dépend de dépenses que vous ne connaissez pas encore, parfois pas avant l’année suivante. Les mélanger fait glisser la restitution du dépôt au-delà du terme, et la majoration de retard suit.
1. L’état des lieux de sortie lance le compte à rebours du dépôt
Le délai de restitution court à compter de la remise des clés au bailleur ou à son mandataire, en main propre ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. L’article 22 de la loi du 6 juillet 1989 pose deux mois comme principe, et ramène ce délai à un mois lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée. Passé le terme, le dépôt restant dû est majoré de 10 % du loyer mensuel en principal, hors charges, pour chaque période mensuelle commencée en retard.
Cette majoration connaît une exception, et elle tient à une mention de l’état des lieux de sortie : elle n’est pas due lorsque l’origine du défaut de restitution dans les délais résulte de l’absence de transmission par le locataire de l’adresse de son nouveau domicile. Le décret du 30 mars 2016 impose justement de porter à la sortie l’adresse du nouveau domicile ou du lieu d’hébergement du locataire, ainsi que la date de l’état des lieux d’entrée et, éventuellement, les évolutions constatées pièce par pièce. Si le locataire refuse de donner cette adresse, notez-le au document : c’est ce qui vous protège si le décompte définitif ne part qu’en mars suivant.
2. « Conforme » se juge sur le logement, pas sur les sommes dues
Un état des lieux de sortie conforme ne signifie pas que le locataire ne doit plus rien. La conformité s’apprécie sur l’état des lieux, et elle seule commande le passage de deux mois à un mois. Vous restez libre de déduire du dépôt les sommes restant dues et celles dont vous pourriez être tenu aux lieu et place du locataire, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées : un arriéré de loyer, un solde de charges chiffré, une facture réglée à sa place. Retenir un impayé ne rend pas l’état des lieux non conforme et ne vous donne pas deux mois au lieu d’un.
« Dûment justifiées » se prend au mot : une somme retenue s’appuie sur une pièce, devis ou facture, un décompte ou l’état des lieux lui-même, pas sur une estimation de principe. Et une différence constatée à la sortie n’est pas toujours une retenue. Les deux régimes de l’article 7 ne se recouvrent pas. Le locataire répond des dégradations et pertes survenues dans les locaux dont il a la jouissance exclusive, à moins qu’il ne prouve la force majeure, la faute du bailleur ou le fait d’un tiers qu’il n’a pas introduit. Il assume par ailleurs l’entretien courant, les menues réparations et les réparations locatives, sauf lorsqu’elles sont occasionnées par vétusté, malfaçon, vice de construction, cas fortuit ou force majeure.
La vétusté est définie comme l’usure ou la détérioration résultant du temps ou de l’usage normal des matériaux et équipements. Les parties peuvent convenir, dès la signature du bail, d’appliquer une grille de vétusté, mais pas n’importe laquelle : elle doit être choisie parmi celles issues d’un accord collectif de location ou d’un accord collectif local. Cette grille définit alors, au minimum pour les principaux matériaux et équipements, une durée de vie théorique et des coefficients d’abattement forfaitaire annuels affectant le prix des réparations locatives. Une moquette de douze ans ne se refacture pas à neuf.
3. Ce que l’état des lieux date, et que rien d’autre ne rend opposable
L’état des lieux d’entrée comme celui de sortie comportent, le cas échéant, les relevés des compteurs individuels de consommation d’eau ou d’énergie. La pièce est contradictoire, signée des deux parties, et datée du jour des clés : c’est ce qui la rend opposable. Elle ne sert pas que l’eau. Dès qu’un contrat de fourniture reste à votre nom, l’index relevé ce jour-là trace la frontière entre la consommation du sortant et celle de l’entrant, sans passer par une clé de répartition. Photographiez l’index : le décret autorise expressément la description à être complétée d’observations ou de réserves et illustrée d’images.
À l’inverse, un compteur inaccessible ou illisible le jour de la sortie ne se rattrape pas : notez-le comme réserve plutôt que d’inscrire un chiffre approximatif que vous devrez défendre six mois plus tard. Le détail de la facturation de l’eau, poste par poste, figure dans notre guide de la facturation de l’eau.
4. Les délais du dépôt, puis le calendrier des charges
- 1 mois après la remise des clés, si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée.
- 2 mois dans le cas contraire, les retenues devant être dûment justifiées.
- Jusqu’à l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble en immeuble collectif, pour une provision dûment justifiée plafonnée à 20 % du dépôt, puis régularisation définitive et restitution du solde dans le mois qui suit l’approbation définitive des comptes. Les conditions dans notre guide de la provision de 20 %.
Ce troisième régime a une porte de sortie : les parties peuvent amiablement convenir de solder immédiatement l’ensemble des comptes. Avec l’accord du locataire, vous arrêtez les charges sur une base acceptée des deux côtés le jour des clés, et vous refermez le dossier au lieu d’attendre l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble.
Concrètement, cela fait deux courriers à deux dates, et non un « solde de tout compte » unique. Le premier accompagne la restitution partielle dans le délai d’un ou deux mois : il porte l’arrêté des comptes provisoire et justifie la provision conservée. Le second, après l’approbation des comptes, porte la régularisation définitive : décompte par nature, imputation de la provision retenue, et solde dans un sens ou dans l’autre. Un modèle figure dans notre guide de la lettre de régularisation.
Le dépôt réglé, les charges suivent leur propre calendrier : régularisation annuelle, décompte par nature communiqué un mois avant, justificatifs tenus six mois à disposition (article 23). La prescription de trois ans joue dans les deux sens, puisqu’elle vise toutes les actions dérivant du bail : elle borne ce que vous pouvez encore réclamer, et ce que le locataire peut encore vous réclamer, notamment au titre du dépôt (voir notre guide de la prescription triennale). Restituer le dépôt ne vous dispense de rien, et ne solde rien.
Si le locataire conteste
5. Les clés ne bornent pas les charges
C’est l’écart que le calcul rate. Le compte du dépôt part de la remise des clés. Le compte des charges, lui, dépend de qui a donné congé. Si le congé émane du locataire, il est redevable du loyer et des charges pour tout le délai de préavis, même s’il a rendu les clés plus tôt, sauf si le logement se trouve occupé avant la fin du préavis par un autre locataire en accord avec vous. Si le congé émane du bailleur, il n’est redevable que pour le temps où il a réellement occupé les lieux (article 15). Un locataire qui a donné congé et rend les clés le 20 mai pour un préavis échu le 30 juin doit les charges de juin, alors que votre délai de restitution, lui, a commencé le 20 mai. Deux dates, deux comptes.
exemple chiffré
Logement vide dans un immeuble collectif. Loyer 720,00 € hors charges, provisions 90,00 €/mois, dépôt de garantie 720,00 €.
Congé donné par le locataire, préavis échu et clés remises en main propre le 15 juillet 2025, état des lieux de sortie conforme. Occupation du 1ᵉʳ janvier au 15 juillet : 196 jours sur 365.
au 15 juillet 2025, arrêté des comptes provisoire
Provision conservable : 20 % × 720,00 = 144,00 €.
À restituer au plus tard le 15 août 2025 : 720,00 − 144,00 = 576,00 €.
après l’approbation des comptes de l’immeuble, le 12 mars 2026
Charges récupérables du lot hors eau, 640,00 € sur l’exercice : 640 × 196 ÷ 365 = 343,67 €.
Eau au compteur divisionnaire, relevés portés aux états des lieux, 528 m³ puis 563 m³, soit 35 m³ à 4,20 € : 147,00 €.
Part réelle du locataire : 343,67 + 147,00 = 490,67 €.
Provisions versées : six mois pleins (540,00 €) puis juillet au jour-exact (90 × 15 ÷ 31 = 43,55 €), soit 583,55 €.
Trop-versé de charges : 583,55 − 490,67 = 92,88 €.
Solde du dépôt (article 22), à restituer au plus tard le 12 avril 2026 : 144,00 €.
Avec le trop-versé de charges réglé au même moment : 144,00 + 92,88 = 236,88 €.
Les deux natures ne se traitent pas de la même façon : l’index mesure, la quote-part se proratise. Seuls les postes répartis à l’immeuble passent par le prorata jour-exact. La mécanique complète du départ en cours d’exercice est traitée dans notre guide du départ du locataire. En colocation, le dépôt suit encore une autre règle, détaillée dans notre guide de la colocation.
6. Hors immeuble collectif, la provision de 20 % n’existe pas
Le texte réserve cette provision aux locaux situés dans un immeuble collectif, dont les comptes ne sont arrêtés qu’une fois l’an. La condition tient à l’immeuble, pas au statut de copropriété : un bailleur qui possède l’immeuble entier y a droit, un bailleur de maison individuelle non. Dans ce dernier cas, le dépôt se restitue intégralement dans le délai d’un ou deux mois, alors même qu’une facture d’eau ou un avis de taxe d’enlèvement des ordures ménagères peut arriver ensuite.
Il reste à s’entendre, ou à attendre. Un accord de solde sur une base acceptée des deux côtés ferme le dossier le jour des clés. À défaut, vous restituez le dépôt en entier dans les délais, puis vous réclamez le solde de charges par un décompte ventilé, dans la limite des trois ans. Les postes récupérables en maison sont détaillés dans notre guide de la maison individuelle.
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7. Le dépôt suit le logement, pas le vendeur
Si vous vendez le logement en cours de bail, la restitution du dépôt de garantie incombe au nouveau bailleur. Une convention contraire entre vendeur et acquéreur reste valable, mais n’a d’effet qu’entre eux : c’est l’acheteur que le locataire pourra poursuivre, à charge pour lui de se retourner ensuite contre le vendeur. Réglez la question dans l’acte, et transmettez au repreneur l’état des lieux d’entrée et les relevés de compteurs : sans eux, il ne pourra ni apprécier la conformité à la sortie, ni justifier une retenue. Dernier point : le dépôt ne porte pas intérêt au bénéfice du locataire, vous restituez le montant versé et non un montant revalorisé.
Le calculateur applique ces règles à votre situation (prorata jour-exact, postes du décret, alertes de délais) et affiche le résultat gratuitement.
Chiffrer le solde de sortie de mon locataireSources
- Art. 22, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (restitution du dépôt de garantie dans un délai maximal de deux mois à compter de la remise des clés, ramené à un mois lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée ; déduction des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu aux lieu et place du locataire, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées ; le dépôt ne porte pas intérêt au bénéfice du locataire ; majoration de 10 % du loyer mensuel en principal par période mensuelle commencée en retard, majoration non due lorsque l’origine du défaut de restitution dans les délais résulte de l’absence de transmission par le locataire de l’adresse de son nouveau domicile)
- Art. 22, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, alinéa relatif aux locaux situés dans un immeuble collectif (arrêté des comptes provisoire ; provision dûment justifiée ne pouvant excéder 20 % du dépôt jusqu’à l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble ; régularisation définitive et restitution du solde dans le mois qui suit l’approbation définitive des comptes ; toutefois, les parties peuvent amiablement convenir de solder immédiatement l’ensemble des comptes)
- Art. 22, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, dernier alinéa (en cas de mutation à titre gratuit ou onéreux des locaux loués, la restitution du dépôt de garantie incombe au nouveau bailleur ; toute convention contraire n’a d’effet qu’entre les parties à la mutation)
- Art. 3-2, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (état des lieux établi contradictoirement et amiablement par les parties ou un tiers mandaté lors de la remise et de la restitution des clés ; à défaut, par un commissaire de justice sur l’initiative de la partie la plus diligente, à frais partagés par moitié ; à défaut d’état des lieux ou de remise d’un exemplaire à l’une des parties, la présomption de l’article 1731 du code civil ne peut être invoquée par celle des parties qui a fait obstacle à l’établissement de l’acte ou à sa remise)
- Art. 1731 du code civil (à défaut d’état des lieux, le preneur est présumé avoir reçu les lieux en bon état de réparations locatives et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire)
- Art. 2, décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 (l’état des lieux d’entrée et de sortie comporte, le cas échéant, les relevés des compteurs individuels de consommation d’eau ou d’énergie)
- Art. 2, 2°, du décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 (à la sortie du logement, l’état des lieux comporte en outre l’adresse du nouveau domicile ou du lieu d’hébergement du locataire, la date de réalisation de l’état des lieux d’entrée et, éventuellement, les évolutions de l’état de chaque pièce et partie du logement constatées depuis l’établissement de l’état des lieux d’entrée)
- Art. 4, décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 (vétusté : état d’usure ou de détérioration résultant du temps ou de l’usage normal des matériaux et éléments d’équipement ; les parties peuvent convenir de l’application d’une grille de vétusté dès la signature du bail, choisie parmi celles ayant fait l’objet d’un accord collectif de location de l’art. 41 ter ou d’un accord collectif local de l’art. 42 de la loi du 23 décembre 1986 ; la grille définit au minimum, pour les principaux matériaux et équipements, une durée de vie théorique et des coefficients d’abattement forfaitaire annuels affectant le prix des réparations locatives)
- Art. 7 c) et d), loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (c : le locataire répond des dégradations et pertes survenues pendant le bail dans les locaux dont il a la jouissance exclusive, à moins qu’il ne prouve qu’elles ont eu lieu par cas de force majeure, par la faute du bailleur ou par le fait d’un tiers qu’il n’a pas introduit ; d : il prend à sa charge l’entretien courant, les menues réparations et les réparations locatives, sauf si elles sont occasionnées par vétusté, malfaçon, vice de construction, cas fortuit ou force majeure)
- Art. 15, I, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (pendant le délai de préavis, le locataire n’est redevable du loyer et des charges que pour le temps où il a occupé réellement les lieux si le congé a été notifié par le bailleur ; il est redevable du loyer et des charges concernant tout le délai de préavis si c’est lui qui a notifié le congé, sauf si le logement se trouve occupé avant la fin du préavis par un autre locataire en accord avec le bailleur)
- Art. 23, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (provisions, régularisation, décompte, justificatifs)
- Art. 7-1, loi n° 89-462 (prescription triennale)
- Art. 25-6, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (meublé résidence principale : par dérogation à l’article 22, le dépôt de garantie exigible est limité à deux mois de loyer en principal)
- Art. 25-13, I, 11°, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (bail mobilité : le contrat comporte une mention informant le locataire de l’interdiction pour le bailleur d’exiger le versement d’un dépôt de garantie)
- Art. 25-17, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (bail mobilité : aucun dépôt de garantie ne peut être exigé par le bailleur)
- Art. 25-10, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (meublé résidence principale : charges par provisions régularisables ou par forfait non régularisable)
- service-public.gouv.fr, fiche F31269 « Dépôt de garantie dans un bail d’habitation » (consultée le 12 juin 2026)
- service-public.gouv.fr, fiche F33671 « État des lieux de sortie pour un bail d’habitation » (consultée le 4 août 2026)
- service-public.gouv.fr, fiche F1216 « Dans quel cas saisir la commission départementale de conciliation (CDC) ? » (consultée le 7 juillet 2026)